Deux ans après, les bilans désastreux de la guerre en Ukraine

Deux ans après les mauvais comptes, la guerre en Ukraine.

La guerre, qui aurait dû être évitée, a déjà des répercussions mondiales. Loin des illusions entretenues par les premiers échecs russes, elle menace de conduire à une crise profonde de l’Union européenne. Cet article est extrait du Figaro Histoire « Quand l’Europe faisait face aux grandes invasions ». Découvrez dans ce numéro l’histoire des bouleversements démographiques, politiques et culturels qui ont touché l’Europe du IVe au Xe siècle.

**Un monde en crise**

Alors que la guerre en Ukraine entre dans sa troisième année, il est clair depuis un certain temps que cette guerre contribue à accélérer la transformation du système international dans son ensemble. Le trait émergent de la nouvelle configuration est la tendance des pays occidentaux (États-Unis et membres de l’Union européenne) et, dans une moindre mesure, de certains États d’Asie-Pacifique à se définir comme les modèles pour les peuples supposés aspirer à la démocratie, et les garants des États constitués qui se considèrent comme y étant parvenus.

**Une croisade pour la démocratie**

Du point de vue géopolitique, le concept d’Occident est inséparable de la pax americana qui en est le fondement depuis le début de la guerre froide, et cette pax americana étend ses effets bien au-delà du couple euro-américain. Le président Joe Biden présente les États-Unis comme le chef de file du camp démocratique. Mais en réalité, les États-Unis, même les démocrates, ont toujours su trouver un équilibre entre « la puissance et les principes ».

**L’Europe face à la guerre**

La situation est plus tranchée en Europe pour deux raisons évidentes : la proximité géographique et le fait que l’Union européenne est extrêmement loin de constituer une unité politique. On comprend qu’à cause de leur histoire, les États baltes ou même la Pologne, pourtant protégés par l’Alliance atlantique, ont ressenti l’agression russe du 24 février comme une menace contre eux-mêmes. La mobilisation de ces pays a contribué à la propagation d’un sentiment de peur dans l’ensemble de l’Union, sans compter la remontée d’une impression de culpabilité dans des pays comme l’Allemagne, du fait des exactions des armées nazies pendant la Seconde Guerre mondiale en Ukraine.

**Une croisade pour la démocratie**

La posture des Européens, plus encore que celle des Américains, se présente donc comme une croisade pour la démocratie, à l’ombre de la protection américaine. Mais, pour comprendre la réaction globale de l’Union européenne qui est restée d’une grande cohérence face à la guerre, il faut aussi prendre conscience de ce qu’en raison de son impuissance, elle n’avait pas de marge de manœuvre. Cette réaction peut se caricaturer comme suit : Poutine est un dictateur, qui a sapé les chances de la démocratie en Russie. Son but est de reconstituer l’Empire russe voire de conquérir l’Europe.

**Le regard sur la Russie**

Avant d’aller plus loin, il faut s’interroger sur le regard que les Occidentaux portent sur la Russie. Ce regard relève de la philosophie de la fin de l’Histoire popularisée en 1992 par Francis Fukuyama. Pareille affirmation restera longtemps infalsifiable au sens de Karl Popper. La démocratie est un concept complexe. Dans cette perspective, l’individu Vladimir Poutine est désigné comme le grand responsable des nouveaux malheurs des Russes. Mais on peut tenter une interprétation plus subtile, en s’appuyant sur le géant que fut Alexandre Soljenitsyne, et en cherchant à comprendre pourquoi celui-ci a été adulé puis rejeté par les Occidentaux.

**Une révolution en perspective**

Pour Lénine, les deux conditions préalables à toute révolution se résument ainsi : « Le haut ne peut plus, le bas ne veut plus. » Derrière celles-ci se cachent des groupes organisés prêts à tirer parti de la situation. En conséquence de quoi, « le haut » ne peut survivre qu’en réformant quand il en est encore temps. Soljenitsyne, qui ne se faisait pas une haute idée de Nicolas II, estimait toutefois que son ministre Piotr Stolypine avait entrepris les bonnes réformes, qui auraient permis d’éviter la révolution s’il n’avait été assassiné en 1911.

En conclusion, la guerre en Ukraine a des répercussions mondiales, et les conséquences sont manifestes en Europe. La posture des Européens se présente comme une croisade pour la démocratie à l’ombre de la protection américaine. Les regards sur la Russie sont divers, mais il est essentiel de prendre du recul pour comprendre la complexité de cette situation géopolitique.
Source: Journal Le Soir

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