La Liberté de la Presse en Algérie: Un pays qui étouffe la voix de ses journalistes
La condamnation du journaliste algérien Ihsane El-Kadi à six mois de prison ferme et 50 000 dinars d’amende a suscité un tollé dans la communauté des journalistes et des défenseurs de la liberté de la presse en Algérie. Cette décision de justice, rendue par le tribunal de Sidi M’Hamed à Alger, est perçue comme un nouveau coup porté à la liberté d’expression et à l’indépendance des médias dans un pays qui semble de plus en plus répressif.
Ihsane El-Kadi, directeur des médias indépendants Radio M et Maghreb Emergent, avait été jugé pour un article d’analyse publié en mars 2021, dans lequel il prônait l’inclusion de la formation islamo-conservatrice Rachad au sein du Hirak, le mouvement de contestation qui s’était formé en février 2019 contre un cinquième mandat du président Abdelaziz Bouteflika. L’ancien ministre de la communication et ex-journaliste Amar Belhimer avait engagé des poursuites contre le patron des deux médias indépendants pour « diffusion de fausses informations à même de porter atteinte à l’unité nationale », « perturbations des élections » et « réouverture du dossier de la tragédie nationale » des années 1990.
Les avocats d’Ihsane El-Kadi ont souligné que M. Belhimer n’avait pas légalement le droit de poursuivre le journaliste, théoriquement protégé par la Constitution. L’article 54 de la loi fondamentale consacre en effet la liberté d’expression tout en soulignant que le « délit de presse ne peut être sanctionné par une peine privative de liberté ». Mais cela n’a pas empêché la justice algérienne de rendre un verdict sévère, qui a choqué la communauté des journalistes et des défenseurs de la liberté de la presse.
La condamnation d’Ihsane El-Kadi est tout sauf isolée. Le 19 avril 2021, Rabah Karèche, correspondant à Tamanrasset du quotidien francophone Liberté, avait été écroué puis condamné en appel à un an de prison, dont six mois fermes, pour « création d’un compte électronique consacré à la diffusion d’informations susceptibles de provoquer la ségrégation et la haine dans la société », « diffusion volontaire de fausses informations susceptibles d’attenter à l’ordre public » et « usage de divers moyens pour porter atteinte à la sûreté et l’unité nationale ». Le journaliste n’avait pourtant fait que « couvrir » une manifestation de Touaregs dans la ville du Grand Sud contre un projet de découpage territorial.
La répression contre les journalistes et les activistes du Hirak est en constante augmentation. Selon le site spécialisé Algerian Detainees, 272 détenus d’opinion étaient répertoriés au 1er juin. Les professionnels de la presse voient dans ces condamnations l’illustration d’une extension des interdits, avec des « lignes rouges » d’autant plus contraignantes qu’elles sont indéfinies.
La condamnation d’Ihsane El-Kadi est un nouveau coup porté à la liberté de la presse en Algérie, qui est déjà considérée comme l’une des plus restreintes du monde. Les journalistes algériens sont de plus en plus inquiets pour leur liberté d’expression et leur sécurité. Khaled Drareni, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Afrique du Nord, a déclaré que « la condamnation d’Ihsane El-Kadi est tout aussi inattendue que choquante. On continue en Algérie de condamner des journalistes pour leur travail alors que la loi elle-même exclut la prison dans ce cas de figure. »
La situation des journalistes en Algérie est grave et nécessite une attention internationale. La communauté internationale doit se mobiliser pour défendre la liberté de la presse et la liberté d’expression dans ce pays, où les médias indépendants sont de plus en plus menacés. Les autorités algériennes doivent respecter les droits des journalistes et des activistes, et garantir leur sécurité et leur liberté d’expression. La liberté de la presse est un droit fondamental qui doit être protégé et défendu, en Algérie comme partout ailleurs dans le monde.