LES ZONES À FAIBLES ÉMISSIONS : UN CONFLIT QUI OPPOSE LES ÉCOLOS AUX RURAUX
Ce dimanche, une quinzaine de rassemblements contre les zones à faibles émissions (ZFE) auront lieu dans les grandes agglomérations du pays, notamment à Paris, Lyon et Montpellier. Les manifestants, qui comptent parmi eux des motards, des automobilistes, des commerçants et des élus locaux, dénoncent ces restrictions de circulation qui, selon eux, pénalisent les ménages les plus modestes et les habitants des zones rurales.
Les ZFE, qui visent à réduire la pollution atmosphérique, ont été mises en place le 1er janvier dernier dans une trentaine de métropoles de plus de 150 000 habitants. Mais ces restrictions de circulation, qui concernent les véhicules les plus anciens, varient selon les agglomérations et sont jugées compliquées et injustes par beaucoup. "C’est une véritable usine à gaz", déclare Alexandra Legendre, porte-parole de la Ligue de défense des conducteurs. "Chaque territoire a adopté des dérogations différentes, ce qui rend difficile pour les usagers de comprendre les règles."
Les opposants aux ZFE argumentent que ces mesures pénalisent les ménages les plus modestes, qui ne peuvent pas se permettre de changer de véhicule. "Les ZFE contribuent à un séparatisme territorial inacceptable", déclare Pierre Meurin, élu RN de la 4e circonscription du Gard. "Ils créent une différence entre les écolos bobos riches des centres urbains et les ploucs ruraux qui n’ont pas accès aux villes car leur véhicule est considéré comme polluant."
Les ZFE sont également jugées contraires à l’égalité républicaine. "La ZFE exclut les habitants des territoires ruraux ou périurbains mal desservis par les transports en commun en les empêchant d’accéder aux centres urbains où se trouvent les emplois et les services publics", dénonce Alexandre Jardin, écrivain et porte-parole du collectif Les Gueux. "C’est une double peine contraire au principe d’égalité républicaine qui oblige des ménages modestes de ces territoires périphériques à ne plus pouvoir aller travailler."
Face à la fronde, le gouvernement a décidé de reprendre la main. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, devrait présenter un amendement destiné à assouplir l’application des ZFE. Mais les opposants à ces mesures restent sceptiques. "La dernière proposition de la ministre n’améliore en rien la situation", déclare Pierre Meurin.
Le débat sur les ZFE devrait continuer à l’Assemblée nationale, où un projet de loi de simplification économique, qui comprend un article sur l’abrogation des ZFE, sera examiné. Les députés de droite, qui ont voté en faveur de l’abrogation des ZFE en commission, devraient être rejoints par les députés RN. "Je ne vois pas comment les parlementaires reviendraient sur leur vote", déclare Ian Boucard, député LR de Belfort.
Les manifestants, qui comptent parmi eux des élus locaux, des commerçants et des particuliers, espèrent que leur mobilisation sera entendue. "Il est temps de prendre en compte les besoins de tous les citoyens, y compris ceux qui habitent en zone rurale", déclare Laurent Jaoul, maire de Saint-Brès, qui a réussi à convaincre 23 maires sur 31 de l’agglomération de Montpellier de ne pas appliquer les ZFE.
Les ZFE sont un sujet sensible, qui oppose les écolos aux ruraux, les riches aux pauvres. Mais les manifestants espèrent que leur mobilisation contribuera à trouver une solution qui prendra en compte les besoins de tous les citoyens. "Nous ne sommes pas contre la protection de l’environnement", déclare Alexandra Legendre. "Mais nous voulons que les mesures prises soient justes et ne pénalisent pas les ménages les plus modestes."